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Une vidéo réveille la mémoire du triathlon breton





Depuis quelques jours, la vidéo du premier triathlon de Douarnenez, en 1986, circule sur internet. Trente ans plus tard, ce film passionne les amateurs de triple effort qui retrouvent là l’une des traces des débuts de la discipline en Bretagne. Le film, d’une durée d’une cinquantaine de minutes, plutôt bien fichu techniquement, propose un montage retraçant le déroulé de cette journée du 29 juin 1986. Il faut y voir un véritable document, un témoignage sur une époque et sur un sport qui n’était apparu en France que 4 ans auparavant (à Nice, le 20 novembre 1982) et qui ne comptait pas encore de fédération (*).

Douarnenez : coin super et filles terribles

Ce film, c’est aussi un morceau de l’histoire du Triathlon-club de Douarnenez, créé en 1984 et qui disparaitra 10 ans plus tard. « J’avais lu un article dans l’Équipe sur le triathlon Nice en 1982 et je me suis lancé un défi, celui de participer à la deuxième édition de 1983 », se souvient Gérard Planchette, originaire de Luzarches (Val d’Oise) qui était venu en 1978 à Douarnenez pour soigner une vilaine blessure au genou. Il y est finalement resté, parce qu’il avait trouvé « le coin super et les filles terribles. »
En 1983, Gérard relève donc le défi niçois (3,5 km de natation, 120 km à vélo et 32 km de course à pied) et revient à Douarnenez avec le virus du triathlon. Il s’agit alors de créer un club. Ce sera fait le 13 mars 1984. Gérard confie la présidence à la jeune Valérie Jannelle, 18 ans, qui, venue avec lui à Nice, avait terminé première française d’une épreuve qui proposait déjà un plateau international. « Avec ce résultat, c’était bien pour les sponsors qu’elle soit présidente. » Malheureusement, la jeune femme quitte rapidement la région et Gérard assume dès lors la présidence du club. « À l’époque, dans le département, il n’y avait que le club de Guipavas, qui avait été créé en 1983. »
« C’était une époque extraordinaire, lâche Geneviève Planchette, la femme de Gérard, originaire de Douarnenez. On se déplaçait partout en famille, c’était décontracté, on se connaissait et on se fréquentait tous. Le triathlon a sans doute changé parce que la société a changé. »
« On voyait des gens courir des triathlons avec des vélos à porte-bagage et même certains avec des lumières à dynamo, s’amuse Gérard. Quand tu vois la fortune qu’il y a maintenant dans les parcs à vélos ! »
 
Devenir organisateur

Rapidement, celui qui est aussi footballeur et maitre-nageur se lance dans une réflexion autour de l’organisation d’un triathlon à Douarnenez. D’autant que le club peine à se faire connaître et à attirer des adhérents. « Il a fallu du temps pour fédérer tout le monde. Les clubs de natation, les clubs cyclistes et ceux de course à pied, chacun avait ses épreuves, mais là, il fallait faire les trois disciplines ensemble. On devait aussi trouver des sponsors, des lots. Je me disais qu’on allait y arriver. Quand je regarde le film, je vois tout ce monde, les élus, les cibistes, les parents d’élèves, le directeur de l’école primaire... Avec le recul, je me suis rendu compte qu’on avait vraiment fédéré beaucoup de gens autour de cette première course. »
Et c’est là que l’on plonge dans la vidéo réalisée par Geneviève Planchette. Qualité VHS, image assez peu définie et couleurs délavées, comparées aux standards actuels. Dyane et 2 cv Citroën servent de voitures officielles et les 205 Peugeot font figure de voitures modernes. Ici, pas de combinaisons néoprène, on se lance dans l’eau en slip de bain dans le fond du port Rhu et à la sortie, après 1,5 km de natation, les bénévoles notent à la main les temps et les numéros des dossards. Les coureurs enfourchent leurs montures en acier pour attaquer les 40 km de la partie cycliste après être sortis d’un parc à vélos minimaliste, tandis que la sono crache les tubes de l’époque, entrecoupés d’extraits du boléro de Ravel. Le speaker annonce des numéros de téléphone qui débutent directement par « 98 » et des prix en francs.
Quelques coureurs portent des combinaisons, ancêtres des trifonctions aux allures de barboteuse pour adultes. Sur le film, les femmes sont aussi rares que les concurrents qui portent des montres. Les sangles cardio et les tracés GPS, ce n’est même pas de la science-fiction. Personne n’y a sans doute encore jamais pensé... À l’arrivée, au terme des 12 km de course à pied, un homme passe la ligne avec un bandeau Ricard, juste avant un autre qui montre son séant aux spectateurs.

Des épreuves en veux-tu en voilà

« On avait tout à apprendre, mais il y avait de la bonne volonté. Je me souviens que Thierry Henri avait rattrapé le Douarneniste Éric Grandin à vélo pour prendre la tête de la course. La voiture ouvreuse s‘était arrêtée à Pouldavid pour relever le temps entre les deux premiers, sauf que Thierry ne connaissait pas la route », raconte Gérard Planchette, sourire aux lèvres. Ce dernier est rapidement devenu un fana des organisations. Avec son équipe, il va lancer les années suivantes d’autres triathlons : catégories B (2,5 km de natation, 90 km à vélo et 20 km à pied), promotion, avec kayak et planche à voile, enfants (le premier en France, en 1987) et même féminin (Triathlon des starlettes). Au calendrier, sont aussi apparus un certain nombre de cyclathlons.
« On organisait 2 à 3 épreuves par an et jusqu’à cinq en 1989. Je devenais cinglé, je voulais faire des épreuves sans arrêt. Les autres essayaient de me calmer pour que j’en fasse moins », explique Gérard Planchette. À partir du début des années 90, l’homme a en tête de lancer une structure privée dédiée à la pratique sportive. Il se consacre à ce projet à partir de 1992, cède la présidence du club douarneniste et le quitte. Il ouvre Aqua forme à Ergué-Gabéric (Finistère, commune limitrophe de Quimper), en 1994, et cette même année, le Triathlon-club de Douarnenez disparaît. « C’est un peu de ma faute. Je faisais tout dans le club, je ne déléguais pas. Quand les gars ont dû prendre la suite, ils se sont retrouvés avec une masse de choses à gérer qu’ils n’imaginaient pas. Ils ont organisé deux formats sprint et un B. Même à cinq, ils ont été écrasés par la lourdeur du travail. Ça n’a pas tenu. »
 
Fête des 30 ans, le 12 juin
 
Le 12 juin 2016, pour fêter les 30 ans du premier triathlon de Douarnenez, une petite épreuve réservée aux anciens licenciés du club local sera organisée aux Sables blancs, à Tréboul. Ce triathlon sera sans doute assez proche d’un format S (750 m de natation, 20 km de vélo puis 5 km de course à pied). Premier et sextuple vainqueur (1986, 1987, 1989, 1991, 1992 et 1994) du triathlon de Douarnenez, Thierry Henri sera sur la ligne de départ. L’homme aux 116 victoires n’aura sans doute pas, à 53 ans, d’adversaires à sa taille, lui qui s’entraine toujours très régulièrement, quand il n’encadre pas les séances du Quimper triathlon ou de Palmes en Cornouaille. De son côté, Gérard Planchette, qui n’a pas été épargné par les blessures et compose désormais avec une prothèse de hanche, annonce la couleur : « Je n’ai jamais couru à Douarnenez et ce triathlon du 12 juin, je vais le faire au taquet ! »
À côté de son mari, Geneviève Planchette hausse les épaules. Sa promesse à elle, elle est d’un autre ordre. « J’ai remis la main sur pas mal de vidéos. Celle de 1988 est terrible ! »
Nul doute que dans les semaines qui viennent, le triathlon de Douarnenez va continuer à retrouver sa mémoire sur internet avec de nouvelles mises en ligne des archives filmées de Gérard et Geneviève Planchette. Autant d’autres témoignages sur une époque sur laquelle les amateurs de triathlon posent de nos jours un regard tendre, complice et parfois même ému.


La vidéo du triathlon de Douarnenez 1986 :
 

 

 
(*) À partir de 1984, le triathlon français est encadré par deux structures, le Comité national du triathlon (Conadet) et la Commission de coordination du triathlon en France (CCTF), jusqu’à la création de la Fédération française de triathlon (FFTri), en octobre 1989.

Texte David le Tiec, journaliste, triathlète à ses heures


Partager  07/02/2016 écrit par Christophe FALIGON (pseudo : Christophe)
 


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